Ancien boursier de la Fondation Friedrich Ebert, Monsieur Dr. Yves Manzanza: Retour sur son parcours et partenariat avec la FES
En commémoration des 100 ans de la Fondation Friedrich Ebert, nous avons décidé de rendre hommage à notre partenaire et ancien boursier de la Fondation Friedrich Ebert. Retour sur son parcours et des conseils pour les étudiants envisagant un parcours similaire.
1. Pourriez-vous vous présenter, s'il vous plaît ?
Je m’appelle Yves-Junior Manzanza Lumingu. Je suis professeur d’universités et avocat aux barreaux du Haut-Katanga (Lubumbashi, RDC) et de Stuttgart (Allemagne).
2. Quel lien entretenez-vous avec la Fondation Friedrich Ebert ?
Je suis lié à la Fondation Friedrich Ebert (FES) en tant que son ancien boursier. Il est vrai que je connaissais déjà la Fondation avant mon arrivée en Allemagne en 2010, notamment grâce à certaines études sur la genèse et l’évolution du mouvement syndical en Afrique qui étaient réalisées avec son financement et que j’avais beaucoup exploitées dans le cadre de mes recherches menant au diplôme d’études approfondies que je préparais à l’université de Kinshasa ; mais c’est à partir du mois d’octobre 2013 que je me considère comme faisant partie de la famille « FES », après que j’avais été admis à son programme de bourses pour chercheurs internationaux.
3. Comment avez-vous obtenu votre bourse d’études ? Quelles ont été vos expériences ?
L’obtention de la bourse de la Fondation Friedrich Ebert était un long parcours de combattant. Alors que ma première demande de bourse d’études avait été rejetée à l’étape de présélection, je ne m’étais pas découragé parce que j’étais convaincu que cet échec était notamment dû à mes résultats académiques du Congo que la commission de sélection avait jugés insuffisants par rapport au critère d’excellence qui caractérise le programme de bourses concerné. Convaincu que ces résultats ne reflétaient pas mon niveau, je m’étais décidé de chercher un autre financement pour mes études de Master en droit européen et de soumettre plus tard une nouvelle demande de bourse pour le doctorat, en espérant que ma candidature serait alors évaluée en tenant compte des résultats obtenus en toute objectivité suivant le système allemand. Sur ce point, le pari était gagné.
Outre les performances académiques, j’avais aussi compris que la société allemande en général et les organismes subventionnaires en particulier accordaient une très grande importance à l’engagement social ou citoyen. Je ne pouvais donc pas espérer bénéficier d’une bourse si je n’étais pas à mesure de justifier pareil engagement sous quelque forme que ce soit. Heureusement que depuis le Congo la participation aux mouvements associatifs et aux activités de bénévolat était pour moi quelque chose de naturel. Je pouvais faire valoir entre autres mon expérience de tuteur des étudiants étrangers à l’université de Würzburg, de bénévole de Misereor et de coordonnateur local de l’Asbl « Studieren Ohne Grenzen Deutschland e.V. – Etudes Sans Frontières Allemagne ».
Malgré l’existence de plusieurs fondations et autres organismes subventionnaires, mon choix était toujours porté sur la Fondation Friedrich Ebert dont l’orientation politique me paraissait familière. En même temps, j’avais soumis une candidature parallèle au Service académique catholique pour chercheurs étrangers (Katholischer Akademischer Ausländerdienst – KAAD). Ce dernier avait traité mon dossier plus vite que la Fondation Friedrich Ebert et avait répondu favorablement à ma demande. Cependant, je décidai, contre les conseils de certains de mes proches, de maintenir ma candidature au programme de bourses de la Fondation Friedrich Ebert et de participer à toutes les étapes de sélection. A l’issue de ce long processus compétitif, j’étais parmi les candidats internationaux retenus, ce qui m’obligeait de faire un choix pour l’une des deux bourses qui m’étaient octroyées parce que je ne pouvais pas cumuler les deux financements.
Finalement c’est la bourse de la Fondation Friedrich Ebert que j’avais choisie en raison de la liberté que le programme me laissait de décider de mon avenir après mes études en Allemagne, alors que l’autre bourse contenait l’obligation de retour au pays d’origine après la formation. Pour moi, le retour au Congo devait être une question de conviction et de choix personnel de vie et non une décision subie.
Pendant toute la période de mon doctorat et bien après encore, j’ai bénéficié d’un merveilleux accompagnement de la part de la Fondation et, surtout, des responsables du département de Studienförderung qui est chargé des programmes des bourses d’études. J’ai visité plusieurs villes allemandes et participé à beaucoup de formations de renforcement des capacités et de compétences de vie courante, des formations sur la gestion politique, la gouvernance et la démocratie sociale ; j’ai été édifié par des expériences des collègues venant de tous les horizons et j’ai pu élargir mon réseau professionnel. En tant qu’ancien boursier, je me sens toujours proche de la Fondation qui n’hésite pas de me consulter chaque fois que c’est nécessaire.
4. Quel a été votre parcours professionnel après l’obtention de votre doctorat ?
Après la soutenance de ma thèse le 14 mars 2017, j’avais immédiatement regagné le Congo pour réintégrer mon poste à la Faculté de Droit de l’université de Kikwit et entamer les démarches en vue de ma nomination au grade de professeur associé. Ces démarches ont pris presqu’une année et ont été marquées par beaucoup d’embûches que je ne pouvais imaginer quand je prenais la décision de rentrer dans mon pays. J’étais sur le point d’abandonner et de m’orienter autrement, tenté par les offres que j’avais à l’étranger. C’est Mgr Louis Nzala, de pieuse mémoire, à l’époque Evêque de Popokabaka, à qui j’avais apporté un courrier en provenance d’Allemagne qui me dira, je cite : « l’on n’abandonne pas son champ à un voleur pour protester contre ses incursions ». Réconforté par ce conseil, j’ai décidé de m’installer à Kikwit pour continuer ma carrière d’enseignant, en laissant ma famille à l’étranger.
A l’Université de Kikwit, j’ai assumé les fonctions de Doyen de la Faculté de Droit de 2018 à 2022 et je suis depuis lors chargé de la coopération internationale. Outre mon poste dans cet établissement public, j’enseigne également à titre principal à l’Université Catholique du Congo depuis 2021. J’interviens aussi en tant qu’enseignant visiteur à l’Université Nouveaux Horizons (Lubumbashi), à l’université de Würzburg (Allemagne) et à l’université de Sherbrooke (Québec, Canada).
Soucieux de combiner l’enseignement du droit avec la pratique, je me suis inscrit au Barreau du Haut-Katanga (Lubumbashi, RDC) et au Barreau de Stuttgart (Allemagne) et j’ai créé une société civile professionnelle d’avocats consacrée principalement au droit des affaires. En tant qu’avocat d’affaires, je me considère comme un pont (Brückenbauer) entre le monde professionnel étranger, principalement allemand, et le marché congolais.
5. Le 2 mars 2025 marque les 100 ans de la fondation Friedrich Ebert. Pouvez-vous nous partager quelques mots sur l’impact de la Fondation en Afrique ?
La Fondation Friedrich Ebert a beaucoup contribué à la promotion de la démocratie sociale, de la formation et de l’éducation politique ainsi que du développement économique et social, non seulement en Allemagne, mais aussi à l’étranger grâce aux nombreux bureaux qu’elle entretient à travers le monde entier. C’est dans ce cadre que ses activités ont aussi eu un certain impact en Afrique. Il faut citer de façon plus particulière le renforcement des capacités des syndicalistes et les différents plaidoyers au niveau des institutions internationales, dont l’Organisation internationale du travail (OIT), pour la prise en compte des points de vue des acteurs des pays du sud global.
6. Quels conseils donneriez-vous aux étudiants congolais qui envisagent un parcours similaire au vôtre ?
Je les inviterais à bien mûrir leurs projets avant de se lancer dans les démarches et de bien se préparer aux différents défis qui les attendent. En effet, les études à l’étranger sont très exigeantes. Outre les contraintes culturelles, climatiques, alimentaires et, dans certains cas, linguistiques, il y a surtout les questions liées au séjour ou au droit de l’immigration qui peuvent facilement conduire à la dépression. Toutes ces réalités exigent un sens élevé de responsabilité, d’organisation et de résilience.
Enfin, je leur recommanderais de développer la culture du travail bien fait, de gérer rationnellement le temps, d’éviter les excès et de savoir établir les priorités dans tout ce qu’ils voudraient entreprendre. Parce que l’immensité des possibilités qu’offre la société occidentale en termes de loisirs peut facilement les désorienter de leurs objectifs respectifs.
Dans tous les cas, chaque personne fait son expérience. Je ne peux que leur souhaiter bonne chance, pleins succès et beaucoup de courage. Le plus important est qu’ils se gardent de la tentation de recourir à l’immigration clandestine ou illégale, communément appelée « ngunda » dans le jargon kinois.
Merci.
Nous remercions Monsieur Dr. Yves-Junior Manzanza de nous avoir accordé son temps pour cet interview ! Pour plus d'informations sur notre partenariat veuillez cliquer sur le lien suivant: Promotion de la recherche .
Concéption par Martha Mondo Matoke
70, Avenue Batetela Kinshasa Gombe DR Congo
+243 81 555 7399fesinfo(at)fes-kinshasa.cd
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